Photographe pro : mise au point juridique

Comme vous l’avez peut-être lu sur mon site, j’ai la prétention de me présenter comme photographe pro. J’exerce sous le statut professionnel d’Auteur Photographe, kezako ?

C’est un professionnel !

D’abord, il s’agira de savoir ce qu’est un photographe pro… On a tous en tête l’image du paparazzi ou du photographe animalier avec son énorme téléobjectif, du photographe de mode avec son lot de paillettes et de top modèles, du photographe de presse avec son Leica ou du photographe de mariage avec trois appareils autour du ventre.

Et bien un photographe pro, ce n’est pas ça, enfin pas seulement ça.

Je m’explique : tous ces photographes peuvent être des professionnels, mais aucun n’est représentatif puisque c’est une profession aux multiples facettes, avec des compétences, des motivations, et des techniques qui n’ont pas grand chose à voir les unes avec les autres. Le seul rapport entre eux est qu’ils le font contre rémunération et qu’ils utilisent un outil commun : l’appareil photo. Plus étonnamment, il n’est même pas nécessaire d’avoir un diplôme en photographie ! Certes, ce diplôme ne garanti pas le talent, mais au moins des compétences techniques.

En ce qui me concerne, je ne suis aucun d’entre eux, incapable de diriger un modèle pour en faire un portrait parfaitement éclairé, pas assez motivé pour aller faire des reportages ou des photos de commande, pas assez patient pour de longues heures d’affut. Par contre, j’adore bivouaquer en montagne pour capter de belles lumières, des reflets de sommets enneigés dans un lac, le bruissement des étoiles au-dessus des glaciers.

Un artiste, alors ?

Ça peut paraître orgueilleux, mais comme photographe je suis plus artiste qu’artisan. Non pas que j’aie un regard plus artistique (allez voir ce que font certains photographes de mariages comme Jean-Louis Brun, niveau artistique je ne lui arrive pas à la cheville !), mais parce que je n’ai pas le statut d’artisan photographe, et que je n’ai ni les compétences ni l’envie de faire ce qu’ils font. Mon statut d’auteur me permet de vendre des tirages d’art (donc des œuvres originales signées et numérotées), de faire de la cession de droits d’auteur (par exemple pour illustrer une brochure), et c’est tout. Et ça me convient très bien.

Je fais très occasionnellement une série sur commande pour un copain sportif ou sculpteur, mais c’est pour des amis et ils me rémunèrent en pale ale ou en mondeuse. Je ne cherche pas à vendre cette compétence qui revient à ceux qui ont choisi d’en faire leur métier.

Alors effectivement, beaucoup d’artistes photographes ont en réalité un statut d’artisan, pour une raison simple : pour vivre de leur métier-passion, ils ont besoin de ce statut juridique afin de donner des cours, vendre des reproductions (donc des impressions hors conditions du tirage d’art), animer des conférences, etc. En ce qui me concerne, la photo n’étant pas mon activité principale, je n’ai pas besoin du statut d’artisan pour vivre.

Et les stages photo ?

Par ailleurs, le statut d’artisan est nécessaire pour dispenser des formations.

Je suis donc hors-la-loi me direz-vous ? Heureusement pour moi, non !

En tant d’auteur photographe, j’ai toutefois le droit d’expliquer au public ma pratique photo, les techniques que j’emploie, mais uniquement sur mon lieu d’exercice. Ça tombe bien, mon studio c’est la montagne ! Qui plus est, je suis titulaire du Diplôme d’État d’Accompagnateur en Montagne, qui me donne toutes les prérogatives pour l’encadrement de randonnées en montagne, ce que ne donne pas un statut d’artisan. C’est d’ailleurs pour cette raison que les organisateurs de stages photo en montagne sont aussi accompagnateurs en montagne voire guides de haute montagne, ou collaborent avec un diplômé pour l’encadrement de leurs stages (pensez quand même à vérifier sur leurs brochures, c’est très important pour des raisons de sécurité, d’assurance, tout ça !).

Petit point sur la rémunération

J’ai dit plus haut que je n’avais pas besoin du statut d’artisan pour vivre, et que je ne sortais des clous que pour rendre service à des amis. Je tiens à le préciser, car on voit de plus en plus sur les réseaux sociaux des demandes, émanant de particuliers mais aussi de professionnels, pour des prestations de photographe pro (mais aussi de graphiste, musicien, etc.), en échange de… visibilité, donc rien du tout en fait, parce que les professionnels seraient trop chers. Entendons-nous bien : ça a beau être un métier-passion, ça n’en est pas moins un métier, avec tout ce que ça implique de compétences, frais professionnels, cotisations sociales, et si leurs prestations semblent chères c’est parce que leur travail a un coût non-négligeable. La prestation du photographe de mariage ne se termine pas au moment où le dernier convive va se coucher. Ensuite il a des milliers de photos à trier, traiter (le traitement informatique n’est ni plus ni moins que la version numérique du développement argentique), retoucher, etc.

Bref, un photographe pro sérieux, qu’il soit auteur ou artisan, que ça soit son activité principale ou secondaire, ne cassera pas les prix en échange de visibilité. La visibilité ne se mange pas. 😉

Pour aller plus loin sur le sujet (beaucoup plus loin !), foncez visiter l’excellent blog Droit et photographie de l’avocate et photographe Joëlle Verbrugge.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *