Errances en Inde du nord

Lorsque que je réservai mes vols pour l’Inde, j’avais prévu beaucoup plus large que le simple trek. Bien que la traversée du Zanskar dure 3 semaines, j’étais parti pour deux mois. Si bien qu’en arrivant à Leh après 3 semaines de marche, il me restait pas loin d’un mois pour me balader dans l’Inde du nord.

Tsomoriri, de l’eau dans le désert

Depuis mon premier voyage au Ladakh 4 ans plus tôt, j’avais envie de visiter chaque vallée de cette région d’Inde du nord. Le plateau du Rupshu et le lac du Tsomoriri m’attiraient tout particulièrement. Haut lieu du nomadisme, c’est un des grands pâturages exploités par les éleveurs des chèvres Pashmina, dont la laine sert à la fabrication du cachemire. Un pâturage un peu désertique cependant !

Il fut assez facile de trouver un taxi pour s’y rendre, il fallait juste encaisser les 12h de routes défoncées… Alors que la plupart des agences proposent l’excursion sur 2 jours, nous avions eu l’excellente idée de négocier une journée sur place histoire de vraiment profiter des lieux. Oui, apparemment la plupart font un aller-retour avec juste la nuit sur place en gros. Ah, le tourisme en Inde !

Arrivés en fin d’après-midi à Korzok, nous eûmes le temps de faire une balade entre lac et montagne. L’occasion de profiter du coucher du soleil et du lever de lune. Ma comparse revint me dire qu’elle avait trouvé une sorte de fête de village pas loin de la guesthouse. Nous apprîmes après quelques danses folk (le souffle court, à 4500m) que c’était un mariage. Apparemment, la présence d’étrangers semblait porter bonheur aux mariés, tant le frère du marié ne cessa de nous remercier de notre présence.

Le lendemain nous vit nous promener au bord du lac, mais les nuages ne me facilitèrent pas la tâche pour les photos. La lumière ne cessait de changer. Concours de ricochets avec des nonnes et discussion avec des touristes de Calcutta agrémentèrent la journée.

Srinagar, la Venise d’Inde du nord

Le hasard des rencontres nous fit sympathiser à Leh avec Aijaz, un jeune cachemiri tenant boutique dans Fort Road. Celui-ci nous proposa tout simplement de prendre le bus avec lui lorsqu’il rentrerait au Cachemire après sa saison. Bien entendu, l’idée de visiter Srinagar nous séduisit immédiatement. Elle éveilla chez moi les souvenirs de la magnifique BD « L’espace bleu entre les nuages » de la série Jonathan de Cosey.

Le départ pour le berceau de l’Empire Moghol fut donné le lendemain de notre retour du Tsomo Riri. La route fut… comment dire… sans repos. Secoués pendant 18h, de nuit, sur les routes défoncées traversant les montagnes d’Inde du nord, nous eûmes du mal à profiter des paysages sans aucun doute époustouflants. Nous eûmes cependant le bonheur de profiter des températures nocturnes. Passer des cols à plus de 4000m avec une vitre brisée laisse des souvenirs…

Heureusement, l’arrivée à Srinagar fut au-delà de nos espérances. En effet, la famille d’Aijaz avait le sens de l’accueil et possédait un luxueux houseboat tout confort. La semaine se passa en visites touristiques sur et autour du Dal Lake. Iles, villages flottants, jardins moghols, mosquée… Srinagar mérite un vrai détour.

Un autre moment improbable fut une balade à Gulmarg, station de sports d’hiver réputée dans toute l’Inde du nord. Mais une station à l’indienne : la télécabine est une attraction à elle toute seul. Les touristes indiens y sont les mêmes qu’au Rothang La : fascinés par un climat et un paysage qu’ils ne connaissent pas, et friands d’attractions enfantines.

Retour à Agra, perle de l’Inde du nord

De Srinagar, nous fîmes route quasiment d’une traite jusqu’à Agra, enchainant shared taxi, bus de nuit et de jour. Ma comparse n’ayant jamais vu le Taj Mahal, le détour était incontournable avant son retour en France. En effet, il serait dommage de voyager en Inde du nord sans voir ce mausolée unique au monde.

Le Taj Mahal était toujours à sa place, majestueux au bord de la rivière Yamuna. J’en fus moins impressionné cette fois, mais la magie était toujours là. Nous rentrâmes le jour même à Delhi, il y avait un avion à prendre le lendemain. Il nous fallu près d’une journée pour faire ce court trajet, tellement les embouteillages étaient impressionnants.

Aux sources du Gange

Mes compagnons de voyage repartis vers d’autres horizons, il me restait une bonne dizaine de jours à occuper. Et je ne comptais pas les passer à Delhi, plutôt vadrouiller dans l’Inde du nord. En potassant des guides de voyages, l’envie me prit de remonter (en bus, pas à pieds) vers les sources du Gange. A ce moment-là, j’hésitais alors entre Gangotri, Kedarnath ou Badrinath.

Deux villes intéressantes se trouvaient sur ma route. Je comptais faire un premier arrêt à Rishikesh, puis au retour à Haridwar. Ce sont les villes où le Gange quitte les montagnes, deux lieux sacrés. Les aléas de l’Inde modifièrent quelque peu mon programme, et pour la première fois je décidais enfin de lâcher prise et suivre ces hasards. Je commençai enfin à voyager à l’indienne.

Haridwar, là où le Gange quitte les montagnes

En effet, le bus que l’on m’avait indiqué (et payé au prix fort) avait son terminus à Haridwar, une heure avant Rishikesh. Quelque peu désemparé sur le moment, je fis contre mauvaise fortune bon cœur, et me mis en quête d’un logement. Je commençais à être assez expérimenté pour éviter les « bons plans » des taximen de la ville, et me dégoter un petit hôtel un peu délabré mais à mon goût, deux fois moins cher que la moyenne.

Le soir venu, je me faufilais dans la foule pour assister aux cérémonies de l’arati au bord du Gange. L’ambiance était impressionnante avec les rues illuminées. En effet, c’était la fête de Diwali ! Drôle d’impression cependant, liée au fait d’être le seul touriste en vue. La plupart de mes congénères étaient probablement tous à Rishikesh… Le fait, pour une fois, d’être quasiment ignoré de la foule, n’était pas commun après deux mois en Inde.

La journée suivante se passa entre flâneries sur les ghâts et recherche d’un bus pour Gangotri ou Kedarnath. La route du premier village venant de fermer, et puisque celle du second s’apprêtait à le faire, je me décidai à aller visiter Badrinath. De nouveau des imprévus, mais je commençais enfin à les apprécier. « Always expect unexpectable » était-il écrit le long d’une route du Ladakh : la règle de survie en Inde !

Badrinath, aux sources du fleuve sacré

Il me fallu plus de 12h de bus pour arriver à Badrinath, maudissant la conduite d’un chauffeur suicidaire. Départ à 5h de Haridwar, et arrivée vers 18h30 sous les hourras des passagers. La journée du lendemain me vit me promener au temple dédié à Vishnu, puis sur les sentiers de la vallée. L’occasion de sympathiser avec un vieux sadhu.

Mon nouveau copain me montra quelques curiosités du site et me raconta un peu sa vie. Il avait mis 22 jours pour venir à pieds de Rishikesh ! Tout d’un coup, mes 13h de bus me semblèrent confortables… Il était né il y a 65 ans dans le Gujarat, et marchait à travers l’Inde depuis longtemps. Il rêvait de rencontrer un touriste riche qui lui payerait un vélo.

Rishikesh, Yogaland de l’Inde du nord

Après un trajet en bus aussi mouvementé qu’à l’aller, j’arrivais enfin à Rishikesh. Je fus un peu déçu par cette Mecque du yoga : j’eus l’impression d’être l’un des rares occidentaux à assumer ma condition de touriste. En effet, contrairement à Haridwar, Rishikesh est peuplée d’occidentaux, la tenue vestimentaire hippie et le matelas de yoga sous le bras y sont de rigueur. Dans l’absolu, cela n’aurait pas dû me déplaire, mais j’avais toujours eu du mal avec les tendances majoritaires. Je regrettai presque de n’avoir un bob Ricard à arborer pour me distinguer. Snob, moi ?

Cela dit, j’appréciai grandement l’occidentalisation de la cuisine, après plusieurs jours à me nourrir exclusivement de dhal. J’attendais aussi avec impatience de m’éloigner du fleuve sacré pour avoir la possibilité de mordre de nouveau dans un morceau de viande. Deux jours plus tard, je quittais de nouveau l’Inde, cette fois pour plusieurs années.

Comme d’habitude, vous pouvez retrouver la plupart des photos de cet article en grand format dans ma galerie.

Je vous remets le lien vers l’excellent site ladak.free.fr où vous trouverez toutes les infos pour visiter la région du Tsomoriri et préparer votre voyage au Ladakh. Il semblerait que son auteur prépare une page sur Srinagar…

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